FRANCIS BASSET

LE QUOTIDIEN DE LA MUSIQUE

Les hommes de l'ombre

 

Francis Basset : "Podium, Balloche et PMU"

Standards de toujours ou tubes d'un seul été, ils cisèlent des mots ou des mélodies qui, très vite, ne leur appartiennent plus. Cachés dans l'ombre des stars, la plupart de ces auteurs et de ces compositeurs demeure souvent inconnus du grand public. Cette semaine, Francis Basset, auteur inspiré aux références multiples.

"Mon moteur, c'est la haine et la révolte", déclare Francis Basset le sourire au fond des yeux. Sa colère apparente est la patine de l'amertume. Basset n'a rien d'un pitbull. Il traîne son amertume et s'en nourrit comme d'autres proclament qu'il sont heureux, le chantent, le crient et finissent au bout du compte par ennuyer tout le monde. Basset, lui, passionne. Comme tous les personnages. on Mephisto intérieur a du bon. II suffit de l'écouter.

Adolescent, c'est grâce au PMU qu'il se met à gratter. Un bon tiercé dans le désordre et le voilà partis du côté de la rue de Rome se procurer la Gibson de ses rêves.

La même que Chuck Berry. Une 330 TD. Adieu blouse blanche, pinceaux et boulots transpirants de l'été. La façade de la maison des voisins attendra. C'était au milieu des années soixante. Basset n'avait pas encore vingt ans. En 1968, il rate de peu son bac. A peine deux heures en fait. Quand il se pointe à l'épreuve de français, les portes du lycée sont closes. Il ne s'est pas réveillé.. La veille, il jouait au Rock'n'roll Circus en première partie de 3ohnny Winter.

Pendant une dizaine d'années, Basset enchaîne la triade infernale : podiums, balloche et PMU. "Fallait bien que je gagne un peu ma vie", explique Basset. Il y rencontre Langolff (voir portraits d'auteur de la semaine dernière). Tous deux forment un tandem. Version à la vie à la mort. Langolff a du sang marocain. Basset en a du polonais. Ça donne un vrai tandem. Ils ne parlent pas le même langage. L'un devient auteur. L'autre reste compositeur. Ils se sauvent quelquefois la vie. Les folkeries du premier album de Langolff au début des années soixante-dix ne donnent pas grand'chose. Ils poursuivent.

C'est ensemble qu'ils vont sortir "Tue-moi", l'un des plus gros tubes de Florent Pagny. Plus d'un million d'albums. Langolff a le refrain. Basset doit lui trouver les mots (voir l'interview). Ca donne dans le désordre : "Si tu m'vois un jour astiquer mes souvenirs/ Parce que j'verrais plus briller mon avenir/Si j'refais plus l'monde à chaque fois que je bois/Plus d'moral d'acier dans mes gueules de bois/Tue-moi... Si tu m'vois avoir honte de mes anciens copains/ Si je serre les fesses plus forts que les poings/ Si j'deviens nouveau con et ancien battant/ Si j'me révolte plus qu'entre deux calmants/ Tue-moi..." 'Tu" c'est Vanessa Paradis.

Le couple star s'affiche à peine. Paradis inspirer Pagny. Pagny aduler Paradis. Pas vouloir perdre sa Vanesse. Donc : très belle chanson d'amour. Merci monsieur Basset. Basset, lui, exprime une fois de plus ce qu'il a dans le ventre. Une rage. Une grande conscience que la vie est une chiennerie qu'il faut mordre à pleines dents "sans laisser les lardons au bord de l'assiette". Il y a du Céline en lui. Encore plus dans sa façon de parler que dans son écriture. Il suffit de l'écouter. A l'écrit, il reconnaît avoir utilisé un "système".

Commencer chaque phrase par un "Si" et dérouler le concept. Ca donne "Tue-moi". Un texte digne de Rudyard Kipling. Bâtis sur le même moule du célèbre poème intitulé "If": "Si tu peux être brave et jamais imprudent/ Si tu sais être bon, si tu sais être sage, sans jamais être moral ou pédant/ Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d'un même front/ Si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres les perdront/ Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire seront à tout jamais tes esclaves soumis... Et ceux qui vaut bien mieux que les Rois la Gloire/Tu seras un homme mon fils."

Kipling est mort depuis plus de cinquante ans. "Tue-moi" a fait un succès considérable. Aujourd'hui, Francis Basset vit entre Paris et Rouen, a signé chez EMI comme auteur maison. A ce titre, il vient d'écrire douze chansons pour le dernier album de Michel Delpech. Parfois, il croise Little Bob, dont il a été guitariste. Par certaines longues nuits sans sommeil dont il est devenu coutumier, Francis Basset joue les Dr Jeckyll et se transforme en Professeur Verju, Spécialiste ès-Q version Choron et Siné. En cent cinquante pages et trois chapitres intitulés "Séduire", "Emballer", "Conclure", il apporte les réponses à des questions telles que : "La sécheresse vaginale est-elle rédhibitoire ? Peut-on encore dire je t'aime juste après avoir largué ? Comment utiliser au mieux le rebond du sommier pour passer pour une épée ?

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